Lors du démarrage de l’AIJC2020, les journalistes ont été priés d’ « exposer la vérité »

Par Opeyemi Kehinde

La toute première édition virtuelle de la conférence africaine sur le journalisme d’investigation (AIJC) a démarré le mardi 6 octobre 2020. À cette occasion, les panelistes ont prié les journalistes du continent d’ « exposer la vérité ».

Compte tenu des problèmes sanitaires liés à la pandémie de la COVID-19, cette 16ème édition se tient en ligne du 6 au 30 octobre.

Anton Harber, professeur Caxton de journalisme au département de journalisme de l’université du Witwatersrand à Johannesbourg en Afrique du Sud, a dirigé la séance d’ouverture. Au cours de celle-ci, il s’est entretenu avec deux grands journalistes d’investigation du continent, à savoir Anas Aremeyaw Anas du Ghana et Jacques Pauw d’Afrique du Sud et a notamment parlé avec eux des récents travaux de ces derniers.

Lors de la séance d’ouverture de cet événement qui est annoncé comme étant le plus grand rassemblement annuel de journalistes à travers le continent, Anas a déclaré que « les journalistes devaient exposer la vérité » constamment. Il a ajouté que pendant la pandémie, les journalistes avaient abandonné leurs spécialités pour se concentrer principalement sur la COVID-19, ce qui avait permis aux politiciens et aux criminels de mener effrontément leurs activités.

« Pendant le confinement, alors que nous étions bien à l’abri dans nos maisons, les politiciens et les voleurs observaient la situation et en ont pris le contrôle », a dit Anas.

Il a également fait allusion à son enquête sur la COVID-19, indiquant que « dans les zones rurales, des criminels étaient occupés à vendre des ‘‘remèdes’’ aux pauvres » en prétendant que c’étaient des remèdes miracle contre la COVID-19.

Il a sommé le public de veiller à la protection des journalistes contre toutes formes d’injustices, particulièrement de la part des acteurs de l’État.

« […] Soyons réalistes, lorsqu’on analyse ce qui est en train de se passer sur le continent, on se rend compte que nous avons beaucoup de problèmes.

« Les journalistes même ont subi des injustices. Au Nigeria par exemple, notre frère Sikiru Obaraye a été attaqué par la police pendant le confinement alors qu’il couvrait la COVID-19. En Afrique du Sud, Paul Nthoba a été arrêté pour avoir photographié des policiers pendant le confinement », a déclaré Anas.

Il a ensuite conseillé aux centaines de journalistes d’investigation du continent qui participent à la conférence d’enquêter exhaustivement sur la COVID-19 mais de ne jamais perdre de vue les autres problèmes sociétaux importants.

Jacques Pauw, journaliste chevronné sud-africain et auteur du best-seller The President’s Keepers, livre qui a mis à nu la captation de l’État durant le mandat de Jacob Zuma, a aussi parlé du pouvoir du journalisme d’investigation. Il a déclaré : « Au cours des dernières années, le gangstérisme et la criminalité se sont développés ; les meurtres extrajudiciaires ont pris un grand essor pendant que les criminels en col blanc volent impunément. »

II a indiqué que les livres, tout comme d’autres formes de médias, étaient essentiels pour parler franchement aux pouvoirs en place et pour déterrer des vérités cachées. Il a conseillé aux journalistes de penser fortement à écrire des livres et a transformé son discours en une master class sur la publication fructueuse de livres non romanesques.

Il a déclaré entre autres : « Les livres se sont imposés comme véhicules du journalisme d’investigation.

« Actuellement, les chiffres relatifs aux livres indiquent que les livres non romanesques, particulièrement ceux qui traitent des informations et de l’actualité, dominent le marché dans cette catégorie de livres.

« Cela résulte certainement de notre paysage politique chaotique. Les lecteurs essaient de comprendre ce qui se passe. »

Il a vivement recommandé aux journalistes de présenter leurs enquêtes de manière factuelle et captivante. Il a ajouté que « l’écriture des livres d’investigation doit tenir compte de l’importance des récits humains ».

« Lorsque vous écrivez un livre, il est important de vérifier vos faits. Vous devez interroger vos sources de nombreuses fois.

« Lorsque j’ai commencé à écrire des livres, je réfléchissais comme un journaliste. Lorsque vous écrivez un livre, vous devez tenir compte de l’aspect commercial pour que le livre soit financièrement viable », a-t-il ajouté.

Pauw et Anas ont sommé les journalistes africains de tenir les leaders africains pour responsables envers les populations qu’ils gouvernent et d’exposer les méfaits de ces leaders.

Les deux orateurs ont vivement recommandé aux journalistes de vérifier leurs faits avant de publier leurs rapports d’enquête.

Le sketchnoteur Roy Blumenthal a produit en direct des dessins humoristiques des discussions. Ils ont apporté un certain charme à l’événement et ont notamment servi d’outil visuel de compréhension des orateurs.

À propos de l’auteur

Opeyemi Kehinde est un journaliste multimédia nigérian. Rédacteur en chef adjoint et chef d’équipe adjoint sur la plateforme FactCheckHub, il est aussi boursier de l’AIJC2020. Tout récemment encore, il était rédacteur web adjoint au Daily Trust.